Saint-Bauzély | L’extension de Duc ne fait pas l’unanimité
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L’abattoir de volailles envisage une extension de son activité

Dans le cadre de la consultation publique en cours portant sur la demande d’autorisation d’extension de l’activité de production de l’abattoir de volailles de la société DUC sur Saint-Bauzély, une réunion publique s’est tenue au foyer du village le mardi 4 novembre 2025.

En présence du commissaire enquêteur Jean Hodès chargé de l’enquête publique, de Yohann Rat directeur de l’établissement, de Matthieu Alessandri manager développement durable et de Catherine Forot, ingénieur chargée d’études chez GES (Conseil indépendant en environnement), une trentaine de Bauzélyens et de représentants d’associations du secteur ont participé à la rencontre, prenant régulièrement la parole, essentiellement pour exprimer leurs craintes de voir croître les nuisances liées à l’augmentation de cette activité industrielle.

« Saint-Bauzély fait partie des plus petits abattoirs de France. En programmant notre expansion, nous avons choisi d’investir pour assurer l’avenir, tout en anticipant la menace d’une provenance étrangère programmée à plus ou moins long terme, et qui ne répond pas aux normes de qualité et de traçabilité qui nous sont, à nous, imposées » a indiqué le directeur qui a précisé que le poulet DUC est « toujours français ».

La demande de volaille étant en croissance constante depuis cinq ans, le Brésil et la Thaïlande (et bientôt l’Ukraine) assurent actuellement 50% de l’offre en poulets sur le marché français, avec des volailles qui ne bénéficient donc pas des même normes d’élevage.

Grâce à la production sortant de son usine, DUC Saint-Bauzély (construit en 1967) assure la distribution auprès de grandes enseignes dans toute la partie sud de France, sous une ligne allant de La Rochelle à Lyon.

En réalisant l’extension de son activité, l’entreprise la triplerait pratiquement dans la place, sans que cela ne nécessite un énorme agrandissement de la structure existante.

Les objectifs à atteindre par l’abattoir de volailles

La production est actuellement de 75 tonnes/jour, l’objectif étant de passer à 100 tonnes/jour dans 2 ans, puis à 200 tonnes/jour à l’horizon de 2030-2032.

Objectifs abattoir de volailles Duc

Des objectifs à atteindre dans le but d’assurer l’avenir de DUC

L’emploi

L’activité d’abattage et de transformation de volailles génère actuellement 174 emplois au sein de l’usine, et 436 emplois si l’on compte les emplois de sous-traitants.

Les employés vivent dans un large rayon de communes, tout autour de Saint-Bauzély, mais plus de la moitié d’entre eux viennent de Nîmes et d’Alès.
« L’extension de l’activité impliquera une évolution de l’organisation, avec la création d’une deuxième équipe et générera des besoins supplémentaires en main d’œuvre locale, à tous niveaux de qualification » a indiqué Johann Rat.

Le projet prévoit :

– la constitution d’une équipe supplémentaire pour un passage en 2/8 (actuellement une seule équipe)

– une robotisation des tâches les plus pénibles

– 25 nouveaux emplois directs sur 2 ans

– 100 nouveaux emplois directs sur 5 à 7 ans

– 10 conducteurs supplémentaires pour le transport

– 40 éleveurs supplémentaires : « tout en étant dans une démarche plus vertueuse, a expliqué Yohann Rat, nous pourrions contribuer à assurer un revenu à des viticulteurs locaux contraints de réduire ou d’arrêter leur activité, tout en privilégiant ainsi le circuit court. »

Les déchets, le bruit et les odeurs

Parmi les préoccupations des participants à la réunion, la gestion des déchets, du bruit et des odeurs est un souci majeur. Pour certains riverains, elle constituerait déjà actuellement des nuisances permanentes. Les réponses apportées par l’entreprise n’ont pas semblé convaincre ces mêmes riverains, quand bien même des avancées sont prévues sur certains points.

Mais le directeur de l’usine se veut rassurant : « concernant les déchets et les odeurs, nous sommes déjà très encadrés et avons des obligations à suivre. Nous ne faisons pas n’importe quoi. » Des mesures ont ainsi été prises pour que les bennes réceptionnant les déchets en extérieur soient systématiquement couvertes.

Le projet mentionne aussi la création d’un local fermé pour ces déchets, ainsi qu’une augmentation de la fréquence d’enlèvement des coproduits d’abattage. Il ne prévoirait apparemment pas, en revanche, de nouvelle installation technique pour éliminer les odeurs ni l’augmentation de stockage des sous-produits animaux.

Retirées des effluents lors du pré-traitement, les graisses sont livrées par camion dans la Drôme, afin d’être valorisées dans un méthaniseur et donc transformées en biogaz. DUC peut être amené à agrandir la liste de ses partenaires dans ce domaine, mais il n’existerait pas de méthaniseur de grande taille dans le Gard, où se posent (plus qu’ailleurs, selon une personne du public) des problèmes d’épandage des résidus de méthanisation.

Le bruit lié aux activités et au fonctionnement de l’usine, ainsi qu’au trafic de camions, a également été abordé. « Il n’y aura pas d’augmentation du nombre de passages de camions la nuit, car une optimisation des chargements est d’ores et déjà programmée » a tenu a rassurer également Johann Rat. Ainsi les camions partiront chargés à 100 %, contrairement à ce qui se fait actuellement. Pour diminuer le nombre de camions, il est peut être envisagé de recourir à des camions de plus grand tonnage.
Il est par ailleurs prévu de fermer le quai sud-ouest de réception des volailles, ce qui contribuera à réduire les nuisances sonores. Toutefois, le fonctionnement des frigos génère un bruit important et constant pour lequel l’entreprise ne semble pas apporter de remédiation à ce stade.

L’eau

Le maire du village a confirmé que DUC n’utilisait pas le forage de Barjagole. Situé sur la commune, il alimente le village de Montignargues.

L’eau utilisée sur le site, celle du réseau de Nîmes Métropole qui provient d’un captage à Comps et arrive sur place par une canalisation spécifique, fait l’objet d’un suivi au quotidien selon la direction. La canalisation devrait suffire pour l’extension de l’activité. Mais elle pourrait néanmoins devenir source de problème, dans le cas où de nouvelles constructions dans des villages voisins viendraient l’impacter, en s’y greffant.

Les volumes consommés par l’usine  :

  • 400 m³ /jour actuellement (108 000 m³/an) 
  • jusquà 900 m³ /jour à l’horizon 2032 (205 000 m³/an)

Le ratio entre le m³ d’eau et la volaille traitée est prévu à la baisse, grâce à une gestion de l’eau qui se verrait optimisée ; avant de diriger tous les effluents vers la station d’épuration exclusivement réservée à l’entreprise, il a en effet été décidé de pré-traiter l’eau souillée rejetée, grâce à un équipement spécial implanté sur place. L’installation de traitement des eaux usées serait adaptée aux plus gros volumes à traiter. Des investissements sont d’ailleurs faits à l’avance, dans ce but.

Le risque d’incendie

Les modalités de défense contre les incendies ont fait l’objet d’échanges avec le SDIS, le volume disponible minimum étant de 1140 m³. À terme, un bassin complémentaire créé sur le site contribuera à couvrir le besoin supplémentaire en eau pour les pompiers si besoin.

Les réactions du public

Durant la réunion, Yohann Rat a maintes fois répondu aux interrogations de l’assemblée, tout en faisant face à ses doléances. Le regret, voire l’indignation, de ne pas avoir été informé plus tôt de cette intention de presque multiplier par trois l’activité de l’abattoir de volailles, a été largement exprimé.

Plusieurs personnes présentes ont ainsi fait part de leur désaccord quant à la façon dont elles ont été tardivement mises au courant, arguant du fait qu’elles auraient souhaité aboutir en amont à un compromis entre intérêt privé et intérêt public.

« Nous découvrons aujourd’hui l’ampleur de ce projet, alors qu’il est déjà finalisé ! Or nous aurions dû être en mesure de donner notre avis en amont. Pourquoi nous réunir ce soir, alors que tout est déjà ficelé et que nous sommes mis devant le fait accompli ? Quel est l’intérêt pour la commune ? Qu’avons-nous à y gagner, sinon des nuisances supplémentaires ? L’enquête publique aurait dû se faire avant, et non pas quand tout est déjà arrêté.« 

Une liste conséquente

Car en matière de nuisances, les riverains présentent une liste qu’ils estiment déjà longue :

– les vagues de mauvaises odeurs en provenance de l’usine : « ça pue !« 

– le bruit qui ne devrait pas aller en diminuant, certains se plaignant déjà du bruit causé par 2 ventilos. À cela s’ajoutera le trafic routier, jour et nuit, suite à l’augmentation des plages horaires de travail. (*)

– l’immobilier qui subira une dévalorisation : « je regrette d »avoir acheté à Saint-Bauzély »

– la mesure dans laquelle la commune y trouvera son compte et qui serait loin d’être évidente : « des emplois, certes, mais pas forcément pour nous ». Et Nîmes Métropole, qui empochera les taxes, apparaît comme un autre gagnant de l’opération.

(*)L’usine et le village attendent toujours la mise en place promise par Nîmes Métropole d’un service de transport en commun, destiné à limiter l’utilisation de leurs véhicules par les employés.

Certains ont souligné que l’apparence extérieure de l’usine mériterait aussi qu’on s’y penche, en incluant dans le projet l’embellissement du site par un apport de végétation par exemple. Même si végétaliser ne réglerait pas les problèmes selon d’autres. « Grossir ainsi l’activité d’une entreprise n’est pas bon pour le réchauffement climatique, surtout quand il n’y a pas d’arbres autour, alors que nous autres citoyens sommes conviés à faire des efforts ! »

Une verrue indésirable

Concernant l’esthétique, l’ancienne usine laissée à l’abandon et touchée il y a quelques années par un incendie, a été qualifiée dans l’assistance de « verrue toujours en place ». Elle remporte la palme du mauvais élève. D’où un souhait commun de la voir rapidement disparaître du paysage, ou d’être du moins revalorisée.
N’aurait-on pas dû régler ce problème avant de parler d’extension ? N’aurait-il pas fallu prendre en compte, dans le budget de ce projet, la réhabilitation de cette zone ? Consciente du problème, la direction a reconnu la nécessité de s’en occuper, mais pas dans l’immédiat.

Abattoir de volailles désaffecté dans le Gard

L’ancienne usine désaffectée pose problème

Tout au long de la soirée, les intervenants se sont montrés soucieux de réduire les inquiétudes, tenant à rassurer en énumérant les mesures prises pour réduire les nuisances, sans parvenir à convaincre totalement sur tous les points ou calmer toutes les craintes, ni une colère parfois palpable. L’abattoir de volailles sera-t-il amené à y laisser quelques plumes, histoire d’arriver à une meilleure acceptation sociale de son projet ? Car si ce dernier aura  une retombée positive question emploi pour une partie de la population des alentours, il pourrait parallèlement avoir aussi, selon certains, un impact moins heureux en matière de consommation d’eau, de circulation, de bruit et d’émanations, et donc de qualité de vie pour les Bauzélyennes et les Bauzélyens.

La consultation du public est en cours, jusqu’au jeudi 22 janvier 2026 18 H. Infos en mairie.

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