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Publié le mardi 17 Mar 2020
Par EB Rédaction Web

Arthur, roi chez les Gaussen

Robert Gaussen centenaire

Robert Gaussen est né en 1919 à Saint-Mamert du Gard.

Il est long le fil de l’histoire quand on a 100 ans et des souvenirs plein la tête ! Mais certains événements ont laissé des empreintes plus marquées que d’autres dans la mémoire de notre centenaire.

Ainsi celle d’Arthur le sanglier.

Un marcassin en famille d’accueil

Arthur raffolait des caresses. On l’entendait presque ronronner de plaisir quand on lui gratouillait le ventre. Sauf qu’il avait le poil aussi dur que du crin, ce qui n’était pas forcément agréable pour la main qui le caressait. Car Arthur avait des allures de balai brosse dont la douceur était difficilement comparable à celle de la soie . Or c’était pourtant de soies qu’était recouvert du bout de la queue à celui du groin ce quémandeur de tendresse : Arthur était un sanglier.

L’orphelinat de La Galinière

Il avait peut-être 2 jours lorsqu’il fut récupéré par Robert Gaussen : « il était plus petit qu’un lapin de garenne« , et c’est finalement dans une cage que le drôle d’oiseau fut transporté jusqu’à Saint-Mamert. Car le marcassin était visiblement orphelin.

Une prison dorée

On l’installa sur la terrasse de la maison familiale. Dans son pyjama rayé le petit  sanglier pensionnaire fut loin de connaître le bagne, nourri de biberons de poudre de lait et logé dans la niche du chien aménagée à son intention.

Arthur le marcassin, dit Niouf-Niouf, venait de débuter rue de la Galinière un règne qui marqua l’esprit de son sauveteur.

« Le lendemain il nous suivait partout, nous étions devenus ses parents. Comment une bête qualifiée de sauvage peut-elle s’adapter avec autant de facilité ?« 

L’attraction de la rue de La Galinière

Au bout de deux mois la bête sauvage en question se mettait debout contre les portes fenêtres de la salle de séjour réclamant sa place à table et à l’intérieur, aux côtés de sa famille d’adoption. On craignait pour les vitres. On l’exila alors vers un autre royaume, un petit jardin clos. Mais se voyant prisonnier il ne l’entendit pas de cette oreille, s’attaquant à la clôture sur-le-champ car il n’en voulait pas entre son « papa » et lui !

Chasse au trésor

Désireux peut-être de manifester sa désapprobation ou de retrouver le trésor enfoui de ses chevaliers, le roi Arthur se mit alors à défoncer méthodiquement son enclos en retournant chaque jour un à un les pavés au sol. Comme tout sanglier qui se respecte, il était surtout grand pourchasseur de vermine, l’instinct était plus fort que tout même si on lui livrait chaque jour son repas à domicile.

« La puissance qu’il avait dans le groin et la tête était impressionnante, il relevait des pierres plus lourdes que lui« .

Source d’embrouille

Il finit par s’habituer à sa nouvelle résidence et devint l’attraction des gamins qui passaient lui dire bonjour en sortant de l’école.

« On a vu Arthur chez M. Gaussen » dirent un jour à leur papy les petits-enfants du voisin.

« Comment ça ? Et il n’a même pas pu venir jusqu’à la maison dire bonjour ?« 

Le voisin avait un frère qui se prénommait Arthur. Ainsi naissent les brouilles familiales.

Marcassin caressé par un humain

Arthur raffolait des caresses

Un Usain Bolt sur pattes

« Il nous appelait avec des grognements dès qu’on sortait de la maison » se souvient Robert Gaussen qui décida un jour de faire goûter aux joies de la liberté à Niouf-Niouf en ouvrant la porte de sa « prison ».

Vive la liberté

La bestiole commença par piquer un sprint digne d’ Usain Bolt, pour s’arrêter net et repartir dans l’autre sens avant de se mettre à jouer à chat avec les chiens de la maison et qui ne tardèrent pas à rentrer dans le jeu. Quand le maître siffla la fin de la récréation, à l’appel de son nom le sprinter regagna sagement ses vestiaires.

Un sanglier toutou

C’était gagné. À partir de ce moment-là il suivit son patron à travers les bois et les rues du village comme un bon gros toutou, entre deux parties d' »éclate«  mémorable avec les chiens.

Il suffisait à son patron de l’appeler lorsqu’il disparaissait à sa vue pour le voir rappliquer en 4ème vitesse.

Un jour dans une vigne je le vis lever le groin pour humer l’air. D’un saut il fut sur le talus et partit à fond de train. J’entendis alors la voix d’un ami : tu es seul ? Où est ton maître ?« 

Arthur avait reconnu l’odeur de Gilbert qui était en train de tailler la vigne 100 mètres plus bas, et qui l’avait caressé quelques jours auparavant. Lorsque Robert Gaussen les rejoignit, il s’était cabré contre lui en signe d’amitié.

La fin d’une belle histoire

C’est son amour immodéré pour les êtres humains qui commença paradoxalement à poser problème. À 6 mois il pesait une trentaine de kg, et à la vue de ce bolide fonçant sur eux pour se faire caresser, les gens prenaient peur.

Une affection débordante

Car Arthur ne faisait pas dans la dentelle, inconscient de sa force.

« Les femmes surtout en avaient peur. Il vous passait entre les jambes, ce qui était diversement apprécié. De plus, les sabots durs qu’il vous balançait avec brutalité sur le ventre faisaient mal. »

C’est donc le cœur gros que Robert Gaussen décida de s’en séparer, craignant un incident. Et le sanglier fut conduit un beau jour à quelques kilomètres de là.

Des fans inconditionnels

Dans cette arche de Noé qui accueillait toutes sortes d’animaux, l’orphelin autrefois sans défense et devenu grand était une star, et il reçut tout son content de caresses de la part des visiteurs.

Mais il était trop familier. Il fut placé à part et mis sous surveillance spéciale car quelqu’un risquait de l’embarquer. S’il a eu la possibilité de raconter son incroyable aventure aux autres pensionnaires du centre, ceux-ci ont du croire qu’il était né du côté de Marseille, là où les sardines bloquent l’entrée du port !

Qu’est-il devenu ? Robert Gaussen l’ignore. « Peut-être fut-il relâché ?« 

Et notre centenaire, ancien passionné de chasse de conclure : « à partir de ce moment-là je n’ai jamais plus chassé le sanglier. Je craignais trop de l’abattre. Un sanglier c’est formidable, à croire qu’on a des choses en commun.« 

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