Saint-Geniès de Malgoirès | On écrit sur les murs à Frédéric Desmons

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Publié le lundi 24 Mai 2021
Par EB Rédaction Web

Écrire sur les murs pour créer du lien au collège

Grâce au concept de la résidence d’artiste, un projet artistique original a permis aux élèves de Segpa de se surpasser au collège Frédéric Desmons à Saint-Geniès de Malgoirès. Réunis le vendredi 21 mai autour de Henri De Fortis le principal du collège et des divers acteurs du projet, les jeunes artistes ont été chaudement félicités pour le résultat de leur travail.

Eleves de Segpa au collège de Saint-Geniès de Malgoirès

Le graff pour projet

Une résidence d’artiste consiste à offrir un lieu à un artiste pour lui permettre de travailler sur ses projets.
Le collège de Frédéric Desmons de Saint-Geniès s’est ainsi transformé en résidence d’artiste sur une initiative du Conseil Départemental et avec l’accord de la direction.

Restait à trouver l’artiste qui poserait son chevalet et ses pinceaux à Frédéric Desmons. En contrepartie, il accompagnerait quelques élèves dans une démarche artistique.

Gaël, alias Krade est graffeur de son état. Il a été sélectionné par le biais de l’association Da Storm. Il vient donc de passer quelques mois en résidence au collège.

Il y a mené de front son propre travail artistique dans le local d’éducation physique et sportive (EPS) transformé en atelier pour l’occasion, et des travaux réalisés avec les classes de 6è et de 5è de Segpa, ainsi qu’une classe de 4è générale.

Il a de ce fait permis au graff de faire sa rentrée à Frédéric Desmons.

Tous égaux avec les 6èb

De part et d’autre de l’entrée du collège deux visuels ont ainsi été peints à la bombe par la classe de Shirley Gire, professeur principal.

« Cette création leur a permis de se faire remarquer  d’une façon époustouflante. Les élèves de Segpa ne sont pas facilement intégrés dans l’établissement. Grâce à ces graffs leur côte de popularité a monté d’un cran. Je suis fière d’eux car ils se sont montrés très réactifs, très actifs et très créatifs. Avec les difficultés qu’ils rencontrent il est paradoxalement plus simple pour eux de se repérer dans l’espace. Ils se sont donc jetés à corps perdu dans le projet, d’autant plus que l’interdit d’écrire sur les murs était ici levé !  « Nous sommes TOUS ÉGAUX même si nous sommes différents au point de vue scolaire » est leur message. »

Ce qu’a confirmé Gaël : « je suis étonné de constater leur habileté en comparaison des enfants avec qui j’interviens habituellement. Ils ne se mettent pas de barrières et n’ont pas peur de peindre sur un mur, et encore moins de se salir les doigts. Du coup je leur ai fait totalement confiance. J’étais le chef d’orchestre d’exécutants parfaitement autonomes. L’alchimie a vraiment fonctionné entre nous.« 

Graff au collège de Saint-Geniès

Rester debout avec les 5èB

Le mur du bâtiment EPS a été décoré par une dizaine d’élèves de 5èB, toujours de Segpa et toujours en mode graff.

« Il s’agissait d’y intégrer également un travail sur l’écriture » a expliqué Eric Giraud le professeur principal.

« Après un débat philosophique autour de la question de l’Identité, les élèves ont produit chacun une phrase. Puis trois d’entre elles ont été choisies par les élèves eux-mêmes (à l’aide d’un vote). Ensuite tous les élèves ont essayé de réécrire une ou plusieurs phrases avec celles sélectionnées. Enfin, la classe a encore choisi 3 productions qui ont été présentées à Krade. L’artiste a tout de suite été attiré par « RESTE DEBOUT « . C’est génial pour eux surtout avec la période que nous vivons actuellement. « 

Ici l’expression a été plus libre, le « maître » dessinant à main levée sur le mur des contours « tout droit sortis de sa tête. » Puis les élèves ont pris le relai complétant l’ébauche à la bombe. L’esthétique est ici passée au second plan par rapport au message écrit et à la posture d’artiste graffeur que cherchaient à incarner les élèves. L’objectif principal était donc de faire vivre à ceux-ci la démarche de création artistique dans son ensemble. « Il y a eu une vraie collaboration entre nous sur la fresque de l’EPS »  a indiqué Gaël.

Eleves devant un graff

Concernant les graffitis, le modus operandi a été le même pour les deux classes :

  • travail de réflexion en classe,
  • ébauches sur papier,
  • entraînement sur toile,
  • réalisation sur les murs.

Une bd avec les 4èb

Un autre travail a été mené par l’artiste auprès d’une classe de 4è générale sous l’égide de Camille Gerbet, professeur d’Histoire Géographie.

Une BD va ainsi voir le jour, les images et le texte étant une création exclusive des élèves.
« Le livre est aussi un projet très intéressant, car c’est un mode d’expression populaire et donc à la portée d’un plus grand nombre » a précisé Gaël.

Dessins pour une BD

Un résultat très encourageant

Des dessins ont été remis à Henri De Fortis de la part des élèves. Il a précisé que rien n’aurait pu être fait sans le Conseil Départemental et Da Storm.

« Je félicite les élèves pour leur inventivité et la relation développée avec l’artiste. Ils ont été formidables. Les graffs sont magnifiques sur une palette de support diversifiée. Je salue aussi l’artiste en chef, bien évidemment. »

Principal de collège Henri De Fortis

Geneviève Quincal la documentaliste de l’établissement a été également félicitée pour son implication dans le projet, de même que les enseignants. Quant à Krade, il a indiqué que le graffiti est un moyen d’expression très intéressant puisqu’il laisse une marque intemporelle et qu’il permet de créer des liens, surtout entre les jeunes.

Et question liens, les premiers fans des apprentis graffeurs ont été les élèves de général : « C’est beau ce que vous avez fait. On a trop envie d’aller en Segpa l’année prochaine pour faire comme vous ! »

Ces graffs ont donc contribué à faire tomber l’image négative qui peut parfois coller à la peau des Segpa au sein du collège. Emily a ainsi été félicitée par des élèves « pas toujours sympas » avec elle.

Or si les félicitations sont synonymes de valorisation, elles favorisent aussi l’intégration/inclusion de ces élèves en difficulté scolaire.

Portrait d’artiste

Krade le street artiste a choisi de travailler avec des jeunes depuis 4 à 5 ans. Et ce dans différentes structures, y compris la prison, un environnement qui l’intéresse particulièrement.

Il faut croire que son expérience au collège Frédéric Desmons ne lui laissera que de bons souvenirs puisque des idées de collaboration pour une autre résidence d’artiste l’an prochain commencent déjà à germer.

« L’entente initiale était de consacrer 2h par semaine aux élèves durant l’année scolaire, mais j’ai préféré regrouper le tout sur 5 mois d’affilée. »

Krade street artiste et graffeur

Et quand il n’assistait pas les jeunes en les incitant à peindre sur les murs, Gaël préparait sur place sa prochaine expo qui se tiendra en septembre à Nîmes.

« Je travaille essentiellement sur la symbolique. Je qualifie ma peinture d’ « âme dans la société », en représentant des marques (chaussures, vêtements) et des postures de notre époque. C’est une façon de se définir avant de savoir qui on est vraiment et ça permet des échanges avec ceux qui ne sont pas forcément sensibilisés à l’art.

Car chez moi l’expressivité passe avant l’esthétique et le texte devient alors un élément graphique. Les règles de l’orthographe ou de la propreté sont mises de côté, car je n’aime pas les contraintes. »

Toiles de l’artiste graffeur Krade

L’artiste a remercié tous ceux qui lui ont permis de mener à bien cette expérience au collège Frédéric Desmons, précisant qu’il n’était pas donné tous les jours d’investir un tel lieu.

« On a marqué des points pour la suite. À quand la prochaine résidence d’artiste au collège ? » a lancé le principal avant de  conclure sur une note d’humour :« je suis fier que l’argent du contribuable soit utilisé de cette manière-là, aussi j’en redemande. »

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